lundi, 16 mars 2009
Khatibi : le sociologue de la double critique n'est plus
Avec beaucoup de tristesse, j'ai appris la disparition d'Abdelkebir Khatibi, l'une des grandes figures de la sociologie marocaine et l'auteur de plusieurs ouvrages, dont "Mémoire tatouée", une sorte de récit autobiographique, "Vomito blanco", une critique de la conscience malheureuse des intellectuels de gauche française à l'égard du sionisme et de la question juive, "Maghreb pluriel", "Penser le Maghreb", "le Même livre", "le livre du sang", "la blessure du Nom propre", "Amour bilingue", "le lutteur des classes à la manière taoiste", et bien d'autres ouvrages qui ont marqué à jamais la culture Marocaine et internationale, par la qualité et le talon de cet écrivain disparu à l'âge de 71 ans. Ses oeuvres ont influencé toute une génération qui est la mienne. C'était grâce à lui et à l'oeuvre de Paul Pascon que je me suis dirigé vers des études de sciences humaines. Et je ne l'ai pas regretté. Qu'il repose en paix !
L’œuvre de Khatibi est multiforme et orginale, comme cette terre du Maroc pluriel et multiple; sur laquelle naquit en 1938 à El Jadida. Il y a plusieurs phases qui jalonnent sa riche carrière, notamment, lorsqu’il fut Directeur de l'Institut de Sociologie, il a élargi son champ d’études en introduisant la sémiologie, la philosophie et la psychanalyse qui lui permettent de dialoguer avec les pensées radicales de l’Occident, notamment celles de Heidegger, Nietzsche, Marx et Derrida.
Khatibi, avec Pascon occupe une place centrale dans le champ sociologique marocain en formation dans les années soixante et au début des années soixante dix. La naissance de la sociologie postcoloniale n’a pas échappé à la lutte politique entre une nouvelle culture progressiste naissante et une culture dominante et traditionnelle qui détenait et détient encore le pouvoir. La sociologie marocaine a fait les frais de cette lutte politique, au même titre que cette nouvelle culture progressiste, incarnée par la Revue Souffles, fondée par l’écrivain et poète francophone Abdellatif Laâbî en 1966. Elle fut interdite en 1972, juste deux ans après la suppression de l’Institut de Sociologie. Cette revue regroupait, en majorité, des intellectuels progressistes francophones.
Dans l’avant-propos d'un recueil d’articles, qui est une sorte de plan de sauvetage, pour épargner à la pensée sociologique une possible disparition, Khatibi précise son idée en regroupant une série d’articles déjà publiés et réédités dans un ouvrage collectif sous sa direction :
Etudes sociologiques sur le Maroc, Publication du BESM, collection Sociologie, Nouvelle édition, Rabat, 1978.
Ce livre est composé ainsi : un article de Khatibi intitulé “Etat et classes sociales” pour marquer le cadre idéologique de cette sociologie critique qui se veut marxiste suivi de quatre articles sur la sociologie rurale pour marquer l’importance de la formation sociale marocaine et la place des zones rurales exploitées par les grands propriétaires, ainsi que la responsabilité de l’Etat dans la paupérisation des masses rurales (les collectivités rurales traditionnelles et leur évolution; les concessions foncières au Maroc qui est “une contribution à l’étude de la formation des domaines personnels dans les campagnes marocaines”; la main-d’œuvre et l’emploi dans le secteur traditionnel; changement social et développement dans les campagnes marocaines). Ensuite, une enquête de l’équipe Pascon intitulée “ce que disent 296 jeunes ruraux” qui est utilisé ici, comme un cahier de doléances de la jeunesse rurale desœuvrée, et enfin, un article sur les femmes de Malika Belghiti, intitulée “les relations féminines et le statut de la femme dans la famille rurale, dans trois villages de la Tassaout.
Les contributions dans cet ouvrage, que tout étudiant de ma génération, en sciences humaines, doit passer à la librairie Tacussel pour se le procurer, sont minutieusement sélectionnées, de manière à donner la parole à la société profonde et mettre le doigt sur les problèmes les plus épineux du pays, qui sont abordés par cette sociologie baillonnée, à l'époque, par l’administration.
C’est une réponse à la suppression de l’Institut : “Ce recueil peut aider les lecteurs à fixer leur attention sur des recherches qui concernent, comme on le verra, la formation socio-économique, les classes sociales et surtout la paysannerie. Raison pratique qui se double d’une autre, à nos yeux, essentielle. Le statut d’une sociologie critique et au service de l’opinion publique doit être redéfini, non seulement parce que l’administration a supprimé depuis octobre 1970, l’Institut de Sociologie, mais aussi pour que la sociologie puisse assumer sa fonction critique et dépasser les pièges du fonctionnalisme et de l’idéologisme."
Il y aura certainement d'autres billets que je mettrai en ligne, pour évoquer quelques notions fondamentales dans la pensée sociologique de Khatibi : la double critique (le traditionalisme et l'Occident), décolonisation des sciences sociales, critique de Jacques Berque et le dialogue avec l'Occident radical.
On commentera ensemble cette notion de dialogue avec ces 4 pensées représentées dans ce schéma ci-dessous :
Schéma récapitulatif de la pensée de Khatibi tiré de "l'anthropologie coloniale française et le Maroc", de Mohamed Mahfoud Chkouri
14:25 Ecrit par Maroc pluriel dans Cultures Marocaines sur le web, Fragments historiques du Maroc, Maroc multiple, Sites personnels d'intellectuels marocains | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : khatibi, culture marocaine, sociologie, anthropologie
lundi, 16 juin 2008
J’accuse : La femme cadre et son père
Certaines jeunes femmes marocaines vivent un drame social assez profond. Certains pères voient en leurs filles une vache à lait de financement. Ces filles qui ont travaillé dur et ont obtenu un poste avec un salaire moyen se voient obligées de rester toute leur vie le soutien principal à toute la famille. Cela se fait malheureusement à leurs dépens. A chaque fois qu’un homme se présente pour le mariage, le père voit en lui un voleur qui va mettre la main sur son principal trésor intarissable qu’est sa fille et son salaire. Ce problème est répandu de manière criante dans les milieux populaires dépourvus de revenues fixes.
Du point de vue de la fille, elle estime qu’elle doit aider sa famille. Dans leur grande majorité, elles le font volontiers. Mais lorsque la fille arrive à l’âge fatidique de la trentaine, voir la quarantaine et qu’elle se voit refuser toujours ce droit de se marier sous différents prétextes non fondés,
Ce père irresponsable essaie au bout de plusieurs refus de prétendants, de chercher un mari qu’il présente à sa fille en le lui imposant. Le choix est évidemment guidé par les bénéfices que le père doit tirer pour toujours assurer sa source de revenues. Combien de filles sont dans cette dramatique situation au Maroc où elles ne peuvent pas affronter la tyrannie parentale. Cette attitude d’un autre âge est condamnable par la religion et par toutes les législations positives. La nouvelle Modawwana stipule qu’il n’ ya plus de tuteur obligatoire pour qu’une femme se marie. Mais les traditions sont plus fortes que la loi.
Ces femmes sont souvent sujettes à la dépression et le mal-être et leur seule consolation est le boulot et ce qu’il permet autour comme contacts qui s’avèrent des fois anxiogènes avec une rapacité masculine qui profite du manque d’affection de ces femmes. Certaines déploient des stratagèmes pour avoir des relations désespérément cachées car vouées à l’échec. Elles savent que le Père tout puissant refusera tout prétendant. Lorsqu'elles rentrent dans une relation, elles se mentent à elles-mêmes et à l'autre, d'où les drames et les séparations de ses relations trop fragiles qui n'aboutissent à rien de concret, car le veto du père dissuade et stoppe net toute possibilité d'oser se présenter pour la demande au mariage. Et c'est généralement la fille qui informe de cette impossibilité au bout d'un moment où la relation devient sérieuse. Quel gâchis !
A la maison, elles s’étouffent de la tyrannie de leur père qui ne voient en elles qu’un salaire mensuel et le moindre « bazqoul » de la maison se croit supérieur à elle, alors que c’est elle qui le nourrit avec son maigre salaire, révise avec lui ses cours, lui lave son linge. Elle est la plus instruite et la bienfaitrice de toute la smala et la moins considérée. On l'aime juste pour son salaire. Et c'est pour cela qu'on l'empêche de constituer un foyer et jouir de son plein droit d'avoir un mari qu'elle choisit. On la prive de ce bonheur d'aimer et d'avoir des enfants.
J'accuse ces pères d'avoir brisé l'avenir de leurs filles à cause du profit et au nom des coûtumes moyenâgeuses qui doivent disparaitre à jamais de notre pays.
J'accuse ces filles de se résigner et se taire sur ce génocide affectif et social dont elles sont victimes et qu'elles supportent contraintes au silence en évitant de faire face au dictat patriarcal.
Je suis sûr que ce billet ne sera pas lu par ces pères, car ils s’interdisent d’utiliser l’internet et l’interdisent aussi à la maison, parce que l’Imam de la Mosquée à présenté cet outil comme satanique qui pousse à la débauche.
J’aurai mieux fait pour que le message arrive aux oreilles bouchées de ces pères, d’écrire ce billet en dialectal et l’accrocher chez les marchands de beignets, aux portes des adouls, dans les hammams, chez les babouchiers et les portes de mosquées.
@ Al-Maghribi en rage, Maroc Pluriel
19:47 Ecrit par Maroc pluriel dans Maroc multiple | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : société, femmes
jeudi, 10 avril 2008
Le lion Marocain et le renard
J'ai choisi la contribution d'Ahmed Addoukali, qui de temps à autre, participe par ces commentaires fort judicieux et pertinants. Cette fois-ci, la comémoration des 1200 ans de la ville de Fès, lui a inspiré ce beau texte qui joint le passé glorieux du Maroc au présent que nous espérons qu'il sera encore plus glorieux et prospère pour le Royaume du Maroc.
Bonne lecture !
Le Royaume du Maroc a donc 1200 ans d'existence,
Peu de nations peuvent prétendre à une aussi longue et aussi riche
Certes , comme toute nation dont l'Histoire est aussi ancienne , elle a eu droit à ses joies et à ses malheurs, à ses flux et àses reflux, à ses grandeurs et à ses décadences.
Bref des "jours avec" et des "jours sans", des jours meilleurs et des jours pires...mais ils reste néanmoins NOTRE PAYS...
L'un de ses pires moments, est sans conteste d'avoir été soumis au joug du phénomène "protectoral".
On pourrait sans doute dire qu'est-ce quarante ans par rapport à 12 Siècles !!! surtout que ces quarante n'ont jamais été une période de tout repos , ni de sinécure pour les "protecteurs".
Mais malheureusement, ce "protectorat" ou plutôt ces "protectorats ont été les pires catastrophes auxquelles les Marocains ont dû faire face.
En effet, au lieu qu'à l'instar des autres pays (dont certains n'existaient même pas) qui n'ont eu affaire qu'à une puissance colonisatrice, le Royaume du Maroc a eu affaire à au moins trois puissance dominatrices.
C'est ainsi que l'Espagne a pris des tranches au Nord et au Sud, la France le Centre tandis que la zone de Tanger a été ouverte à une domination internationale.
C'est là où Le Lion Marocain a failli être déchiqueté par plusieurs loups, pour les autres un seul loup a suffi...
Nous en subissons d'ailleurs encore aujourd'hui les effets néfastes , surtout qu'un petit renard non rassasié des gros morceaux de nos territoires que lui laissés généreusement le loup qui l'a colonisé, joue l'apprenti petit loup pour pousser encore plus loin ses forfaitures..
C'est ainsi que le Royaume du Maroc a vécu et vit encore des séquelles de cette violence coloniale.
Durant le "protectorat", on voyait notre pays divisé en plusieurs zones, au Nord comme au Sud avec frontières, douanes et tout le tutti quanti des blessures qu'on assène à une même Nation et un même Peuple afin de perturber son identité de fond en comble et l'asservir de la manière la plus sournoise et la plus abjecte.
Ajoutons à ces perfidies , le fait qu'à l'Est, le colonisateur a bien pris soin de ne tracer aucune frontière, ce qui lui a permis de se gaver impunément de toute la largeur et la longueur de nos territoires à sa guise, profitant du fait que nous ne pourrions rien dire tant que tout le Maghreb n'ait été pas libéré.
Mais le voisin de l'EST a "remercié" comme il se doit cette attente.
Son ingratitude n'a d'égale que son arrogance et son impudence.
De ce fait, maintenant chaque fois que le Royaume réclame son intégrité territoriale, il a affaire non seulement aux anciennes puissances qui ont participé et profité de son émiettage, mais c'est surtout les voisins de l'Est qui gueulent plus fort que les autres loups, bien que ce soit d'un ricanement d'hyène charognarde.
Mais au lieu de se rendre compte que les dirigeants d'alger crient aussi haut, pour ne pas avoir à rendre des comptes, certains qui gouvernent mal leurs propres pays feignent de ne pas comprendre le jeu machiavélique de ces dirigeants d'alger, pour des raisons bassement mercantiles.
La marche en avant de notre pays est encore à parfaire, car son Histoire est indissociable de sa GEOGRAGHIE...
@Ahmed Addoukali
20:20 Ecrit par Maroc pluriel dans Maroc multiple, Meilleurs commentaires, SAHARA MAROCAIN | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sahara, algerie, polisario
mardi, 19 février 2008
Que nous révèle le cas Fouad Mourtada ?
Le facebook-émissaire
J’ai longuement hésité d’aborder le cas de ce jeune ingénieur qui a usurpé l’identité du Prince Moulay Rachid, mais vu que tout le monde en parle, je vais me prêter à l’exercice -oh combien difficile -de donner mon avis.
1. Système éducatif dépourvu d’éducation politique et citoyenne
D’abord Fouad Mortada est victime de la bêtise régnante parmi la jeunesse Marocaine et Et il y a, à mon sens, un lien évident entre la situation du système éducatif défaillant et ce triste cas. Voilà un jeune homme de 26 ans qui a fait un cursus très brillant d’ingénieur et il ne s’est pas foutu tout au long de son séjour estudiantin de savoir qu’il y a des lignes rouges inamovibles liées à la sacralité et le respect que vouent les Marocains à la Monarchie. J’imagine qu’un jeune de son âge vivant dans les années 70 et 80 ne serait jamais songé une fraction de seconde de se livrer à ce genre de jeu dangereux, même en plaisantant comme il affirmait. Je le crois volontiers qu’il s’est amusé à créer ce profil princier. Il lui manquait les instruments d’appréciation du contexte politique Marocain. Et à coup sûr, il n’est pas du tout politisé comme la majorité de notre jeunesse marocaine. Les Universités et les Grandes Ecoles étaient un creuset progressiste pour comprendre les clés de compréhension de la société, avec la présence d’un corps d’enseignants de très haut niveau et de maturité politique et un syndicat d’étudiants très actif qui participaient à la formation citoyenne et politique des étudiants. Ce désert intellectuel dont souffre les établissements estudiantins laisse les étudiants entre le choix d’être embrigadés par les intégristes ou la dépolitisation totale au point de se perdre dans les méandres de l’oisiveté futile et le vide mortel. Les responsables des Etablissements faillent à leur mission éducative citoyenne et les syndicats et forces progressistes de jadis désertent la place publique en laissant les étudiants et les jeunes livrés à eux-mêmes sans repères, sauf ceux qui évoluent dans un milieu familial et social qui leur donne ce qui manque sur la place publique.
2. Immaturité
Je suis étonné que ce jeune homme s’amuse à son âge de jouer au prince Et je mets au défi quiconque de me trouver une jeune femme de 26 ans ou moins qui joue encore à la poupée. C’est incontestablement un manque de maturité qui l’a poussée à se livrer à ce jeu virtuel qui s’est avéré perilleux et dramatique pour lui et sa famille. Je vais affirmer une lapalissade, Nos filles, dans leur majorité, sont plus mûres et plus posées que les garçons.
Note jeunesse est infantilisée et dans les milieux aisés chouchoutée à l’excès. Cette éducation les empêche de grandir et sortir à l’état adulte. Je ne vais pas me livrer ici à développer une analyse transactionnelle des 3 états du Moi, j’en suis incapable. Mais une grande partie de la jeunesse d’aujourd’hui dans presque tous les pays trouve beaucoup de mal a couper le cordon ambilical qui les lie encore à leurs parents pour rentrer dans le monde adulte et responsable. C'est probablement dû, au contexte socio-économique et la paupérisation de la classe moyenne. Tandis que chez les jeunes issus de familles aisées, du refus d'abandon du confort dont jouit la demeure paternelle. Mais au final, le résultet est le même pour les deux milieux : infantilisation et prolongement de l'état l'adolescence qui chevauche avec l'âge adulte qui ne tarde à s'accomplir de manière claire sur la personnalité de ces jeunes.
3. Fouad Mortada victime du schéma sacrificiel
Le virtuel pullule de jeunes qui s’amusent sur Facebook et d’autres palteformes et qui font autant de bêtises Mais ce jeune homme est probablement pris au hasard pour l’exemple. Il a été sacrifié sur l’autel de l’exemplarité pour mettre en garde les autres. Cela aurait tombé sur n’importe quel jeune et par malchance c’est Fouad Mortada que le filet policier a pris sur la toile. Le schéma sacrificiel du point anthropologique, fonctionne de la même manière partout et dans toutes les sociétés. Il a entre autre et comme il a été défini par René Girard, la fonction de réaffirmer la distance qui sépare les hommes et la sacralité qui devrait être respectée. Il est temps que j’arrête de philosopher et de théoriser. Je risque d'écoeurer certains.
Conclusion. Relâchez-le !!!! Il ne mérite ni punition ni jugement. Il mérite plutôt une fessée de la part de son père et un grondement sévère de sa mère pour ne plus recommencer ce genre de bêtises. C’est un môme qui n’a pas encore intériorisé la règle de jeu à respecter. Basta cosi !
22:10 Ecrit par Maroc pluriel dans Appel Citoyen, Dardacha wa Tqarqib nab, Maroc multiple | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, société, internet
dimanche, 10 février 2008
Enseignement :le débat s’installe sur la Blogoma
Tout a commencé avec un coup de gueule de Taha Balafrej qui a lancé un cri salutaire pour alerter sur la situation catastrophique de notre système éducatif. Le rapport publié par la Banque Mondiale intitulé « un parcours non achevé : la réforme de l’éducation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord » ne fait que conforter et confirmer le diagnostic fait par les responsables marocains et que la presse en a fait l’écho, notamment l’Economiste bien avant la publication de ce rapport. C’était lors de la conférence-débat organisée mardi 15 janvier au centre Links à la faculté de droit de Casablanca, autour du thème «L’école marocaine face aux défis de l’efficacité et de la qualité». Donc, pour une fois tout le monde s’accorde sur le diagnostic que les résultats sont décevants et que ce rapport pointe les carences que tout le monde reconnait y compris M. Abbas al Fassi, le chef du gouvernement qui a déclaré récemment que le Maroc dispose de plusieurs programmes relatifs à la réforme de l’enseignement. Voilà, le mot magique est lancé « réforme ». Mais on n’a pas arrêté de lancer des réformes sur l’éducation depuis l’indépendance sans grands résultats.
Que faut-il faire pour que ça marche ? Sans contre-pouvoir émanant des parents d’élèves et du corps enseignant par le biais de leurs syndicats ou individuellement, il n’y aura aucun résultat tangible, malgré les bonnes volontés et la création de hautes et sous commissions ministérielles ou parlementaires.
Ce lourd dossier compliqué de l’éducation doit être pris en charge par toute la société sous forme d’une instance qui aura â sa charge de préparer les états généraux de l’enseignement au Maroc, associant des experts, des enseignants, des élèves, des étudiants, leurs parents et des acteurs sociaux et économiques du pays. C’est un grand chantier qu’il faut lancer pour remettre à plat tous les problèmes et les dysfonctionnements que connait l’éducation dans notre pays et surtout discuter des raisons de l’échec de toutes réformes entreprises jusqu’à maintenant.
Le travail entamé par la blogoma est salutaire. Il est nécessaire et il faut le continuer pour qu’il soit amplifié, ne serait ce que pour que la parole se libère et que le débat s’installe aussi bien dans l’espace virtuel que réel. Faisons jouer l’intelligence collective pour que ce débat s’installe le plus solidement possible. Tout le monde est concerné par ce dossier de l’éducation qui engage l’avenir de notre pays.
17:00 Ecrit par Maroc pluriel dans Appel Citoyen, Instance Equité et Réconciliation (IER), Maroc multiple | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : éducation, société
jeudi, 17 janvier 2008
Maroc : un mouvement de tous les démocrates
Un communiqué, rendu public jeudi, précise que cette initiative intervient après que "des citoyennes et des citoyens de divers horizons professionnels, intellectuels et culturels, et de différentes sensibilités politiques et associatives, se sont réunis à plusieurs reprises durant ces dernières semaines ", ajoutant que ces "réunions ont porté sur l'examen des défis, questions, enjeux et attentes se rapportant à la situation politique nationale, y compris les enseignements des dernières élections législatives".
Partant des conclusions de leurs échanges, ajoute la même source, et "convaincus de la nécessité d'agir pour sauvegarder et consolider les acquis et les réalisations de notre pays en matière de démocratisation et de développement " et "conscients du déficit de mobilisation des élites nationales dans l'encadrement des citoyens et dans la participation de ceux-ci à la construction de leur avenir" et " de l'ampleur des défis et des responsabilités qui incombent à tous, Etat et société", les participants à ces réunions se sont engagés résolument à oeuvrer pour "l'émergence d'un élan démocratique rénové".
"Ils réaffirment, en outre, leur conviction profonde quant à la nécessité de dépasser les attitudes de démission et de passivité, et d’œuvrer avec volontarisme pour le renforcement de l'engagement responsable face aux attentes des citoyens et aux grands défis de la Nation", poursuit le communiqué.
Ils affirment "avec force la nécessité d'une initiative nationale ouverte à tous les démocrates, indépendamment de leurs appartenances partisanes, celle d'un mouvement, dont les fondamentaux de la Nation Marocaine sont le socle, les valeurs démocratiques sont la référence, les constituants de notre identité plurielle et de notre authenticité sont le crédo, la modernité est l'horizon", précise le communiqué, ajoutant qu'il s'agit d'une initiative "qui adopte le langage du réalisme et le souci de proximité comme principes d'action, une initiative pour un mouvement de tous les démocrates".
Le communiqué est signé pour les participants par M.Aziz Akhennouch, M. Ahmed Khchichine, M. Salah El Ouadie El Assafi, Mme Khadija Rouissi, M. Fouad Ali Al Himma, M. Mustapha Bakkoury, M. Rachid Talbi Alami, M. Mohamed Cheikh Biadillah, M. Hakim Benchamach, M. Habib Belkouch et M. Hassan Benaddi.
17:50 Ecrit par Maroc pluriel dans Appel Citoyen, Maroc multiple | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique
lundi, 17 septembre 2007
1200 ANS DE LA VIE DU ROYAUME DU MAROC
Un concept très ambitieux de communication et de promotion de l’image du Maroc vient d’être mis en ligne sur le net.
L’idée consiste à saisir l’opportunité du 1200ème anniversaire de la ville impériale de Fès, fondée en 808 et première capitale de l’Etat du Royaume du Maroc, pour mettre à l’honneur tout au long de l’année 2008 le pays en entier : une occasion unique pour célébrer un royaume riche de sa profondeur historique, grand par son patrimoine et sa culture aux multiples composantes, et dont le modèle d’ouverture et de tolérance contribue à la civilisation universelle.
Après en avoir validé le fondement historique ( Le grand historien Docteur Abdelhadi TAZI a été sollicité dès le début) les membres de l’Académie du Royaume du Maroc ont unanimement décidé d’apporter leur soutien à cette initiative privée initiée par Ahmed BENSEDDIK, Ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris. Par sa lettre consultable sur le site de l’évènement, l’écrivain Tahar BENJELLOUN fait ressortir toute l’opportunité du projet dans le contexte actuel, pour l’image de notre Pays.
D’autres témoignages internationaux tels que celui de Pascal Boniface, Directeur de l’Institut des Relations Internationales & Stratégiques, d’Otto de Habsbourg – Président d’honneur de l’Union Paneuropéenne Internationale le confortent. Le célèbre Artiste peintre et président du Cercle d’amitié Franco Marocain trouve le projet « magnifique ». Le Réseau Européen des Villes Numériques est disposé à organiser une manifestation sur l’économie du savoir alors que depuis Manchester, la Foundation for Science Technology and Civilisation ( dont le représentant au Maroc est Mohamed ABATTOUY, professeur de l’Histoire des Sciences) souhaite vivement y contribuer, considérant que l’interaction civilisationnelle entre le Maroc et l’Europe est stratégique. La nouvelle Ministre de la Justice Française, Rachida DATI, n’a pas été insensible au projet. Par ailleurs, Dominique DORD, député de Savoie et Maire d’Aix les Bains souligne que cela permettra de faire connaître le Maroc contemporain sur un plan international et rappelle que sa ville est sensible à cet évènement historique car elle a abrité en 1955 les pourparlers de l’indépendance du Maroc.
Au Maroc, les soutiens proviennent de l’Historiographe du Royaume Abdelwahab BENMANSOUR, du Conseiller de SM LE ROI, André Azoulay qui qualifie l’idée de remarquable à tous les égards, de l’Université de Fès, de l’Université Al Akhawayn à Ifrane, du Collectif Modernité et Démocratie, de l’Institut Royal de la Culture Amazigh et de la Fondation Abderrahim Bouabid. L’association Alternatives y trouve une manière de réhabiliter la mémoire pour construire la modernité et s’inscrire dans l’universalité. L’académicien Abdelaziz Benabdallah, auteur de l’ouvrage « Le Trône Marocain, le Plus Ancien Trône» consacré à la civilisation nationale, qualifie la manifestation de grandiose. Le président de la région GUELMIM SMARA, Omar BOUAIDA, affirme que c’est « une belle occasion pour rappeler aux jeunes et aux moins jeunes l’attachement que nous portons à notre pays depuis des siècles » et trouve « l’opportunité exceptionnelle pour faire connaître la riche histoire de notre région, sa culture et son allégeance aux différents sultans du Maroc ».
Après l’Association Fès Saiss et la Fondation Amis de Fès, les membres du Conseil d’Administration de la Fondation Esprit de Fès, (qui comprend plusieurs ministres, le Wali , Le Maire et le Président de la Région de Fès Boulemane et d’autres institutions), réunis le 12 mai 2007 sous la présidence de Mr Mohamed KABBAJ ont tenu a qualifier le projet de « superbe » et affirmer l’entière disposition de cette fondation à « travailler en synergie pour mieux valoriser et communiquer autour de cet anniversaire historique ».
L’architecte urbaniste Jean Paul ICHTER et l’artiste peintre sculpteur Aziza JAMAL y sont également très sensibles.
Le Ministre des Affaires Etrangères Mohamed BENAISSA note « la pertinence du choix qui sans doute aura un impact positif pour l’image de notre pays en général et de la ville de Fès en particulier » alors que le Premier Président de la Cour Suprême affirme que le projet est fédérateur et que « cette remarquable initiative a le grand mérite de rappeler non seulement aux Marocains mais aussi aux étrangers la riche et glorieuse histoire de Fès ».
Le monde des affaires n’est pas en reste puisque la CGEM régionale inscrit ce projet parmi ses priorités, tandis que la Fédération Nationale du Tourisme, estime que le concept est excellent et très clairement national, confortant le soutien du Conseil Régional du Tourisme de Fès dont le président Driss FACEH applaudit l’initiative qui va « faire parler de notre ville et de là de notre Pays à travers les médias de tous les pays ».
Le Trésorier Général du Royaume, Said IBRAHIMI, exprime la fierté de l’Association de Centraliens du Maroc qu’il préside, en soulignant que « la pertinence du concept se conjugue avec la démarche originale et audacieuse pour consolider l’image de notre Pays comme berceau du dialogue des civilisations et en assurer un rayonnement international ».
D’autres artistes et intellectuels partagent le même espoir de voir se concrétiser le projet : Abdelwahab DOUKKALI, Ahmed Tayeb el alj, Rachid FEKKAK, Mohamed Abderrahman TAZI Faouzi SKALI, Abdou Filali Ansary, Mohamed SGHIR JANJAR ou Abdesselam Cheddadi, spécialiste d’Ibn KHALDOUN qui estime qu’en contribuant « sans gloriole et sans fausse exaltation à retrouver et consolider notre mémoire, une telle célébration donnera plus d’assise à notre personnalité, plus de souplesse à notre imagination et nous aidera à envisager l’avenir avec plus de confiance et de créativité ». Pour l’historien Brahim BOUTALEB « fêter cet anniversaire ce n’est pas seulement célébrer une ville consacrée, c’est se retrouver en communion avec tout ce qui a forgé la personnalité marocaine. Cela incite à poser les jalons pour les générations suivantes ». Le Rotary Club de Casa Anfa s’est attelé au défi de mobiliser au moins un Prix Nobel, grâce au Réseau Rotary International.
Le président du CCDH Ahmed HERZENNI y voit l’opportunité de mettre en avant les avancées réalisées par le Maroc et les défis qui restent à relever spécialement dans le domaine des droits de l’Homme.
L’écrivain Rida LAMRINI estime que ce projet est « sans nul doute une idée brillante dont la concrétisation est de nature à consolider les avancées sociales, politiques et économiques en cours dans notre pays, de contribuer à la mobilisation des citoyens et à leur implication dans les ambitieux chantiers ouverts par le Maroc du nouveau millénaire, de renforcer le sentiment d’appartenance nationale, et de conforter la fierté légitime des marocains devant la dynamique de progrès actuelle ».
L’historien Pierre VERMEREN estime de son coté que l’initiative est une belle occasion historique de parler du Maroc et de son histoire.
La communauté juive à travers le monde est également très enthousiaste à l’idée de cette commémoration de la ville de Fès, l’un des berceaux de la culture et du patrimoine israélite qui a pu s’épanouir au sein d’une civilisation arabo-islamique dans la plus grande tolérance. L’institut des études sépharades de l’Université de New York s’est joint à ce mouvement et un rassemblement mondial des juifs originaires de Fès figure parmi les actions envisagées. Un enthousiasme partagé par le Rabbin David ROSEN de l’American Jewish Committee.
La prestigieuse Ecole Polytechnique de Paris envisage pour sa grande fête annuelle de 2008, de retenir le thème de l’anniversaire des douze siècles du Royaume du Maroc à l’occasion de son célèbre Bal de l’X qui se déroule traditionnellement à l’Opéra de Paris, alors que l’association des Marocains dans les Grandes Ecoles Françaises d’Ingénieurs a exprimé « le devoir d’être partenaire et acteur de cette célébration ».
En raison de l’ampleur de ce projet et de l’engouement qu’il a rapidement suscité, son promoteur a sollicité la Haute attention de Sa Majesté Le Roi Mohamed VI, pour donner à cet évènement exceptionnel toute la dimension historique qu’il mérite : celle d’une monarchie de douze siècles.
C’est à l’occasion de l’ouverture des Rencontres de Fès du Festival des Musiques Sacrées (01 au 09 juin 2007) que Sa Majesté le Roi a tenu, dans sa lettre aux participants, à annoncer solennellement que Fès s’apprêtait à commémorer le 12ème centenaire de sa Fondation.
_________________________
Au-delà de l’anniversaire de Fès, c’est tout le patrimoine historique Marocain qui est à l’honneur, et l’exceptionnelle continuité de l’institution monarchique, symbole et ciment de l’unité du Pays qu’il va falloir célébrer partout au Maroc et dans plusieurs villes du monde pour associer les communautés marocaines. Une autre particularité de l’initiative : ne pas imposer un programme de manifestations officielles mais créer un cadre fédératif qui encourage la société civile au sens large à s’approprier l’évènement en élaborant ses propres actions, la structure proposée pour le pilotage national ayant un rôle de management de la cohérence globale.
Il y a dans le monde plusieurs villes millénaires mais quel autre pays dans le monde peut s’enorgueillir d’un tel enracinement ?!
Message de BENSEDDIK Ahmed, promoteur du projet
12:15 Ecrit par Maroc pluriel dans Maroc multiple | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
vendredi, 23 février 2007
Révolution culturelle au Maroc : le sens d'une transition démographique
par Youssef Courbage et Emmanuel Todd, Institut National d'Etudes Démographiques, Paris.
Les théories du développement dominantes ne parviennent pas à mettre au centre du processus de modernisation l'action spontanée, autonome des populations concernées. C'est pourtant ce qu'il faut faire si l'on veut comprendre l'ampleur des évolutions mentales qui transforment le monde : la hausse des taux d'alphabétisation et la chute des indices de fécondité, qui sont désormais des phénomènes universels.Les spécialistes du développement, post-marxistes ou libéraux, ont du mal à considérer l'acquisition de la lecture et de l'écriture, puis la baisse de la fécondité, comme résultant d'une volonté propre des familles et des individus qui composent les populations. Ils ont encore plus de mal à admettre que le désir de progrès est, dans une large mesure, indépendant de l'action consciente des élites. Pourtant, on observe bien souvent une diffusion de l'alphabétisation qui se moque de la structuration politique des nations. L'un des plus beaux exemples est de ce point de vue la France, où les cartes du dix-neuvième siècle révèlent une alphabétisation en provenance de l'est du pays. La capitale, Paris n'a pas été le point d'origine du processus (1). Même chose pour la fécondité qui commence à baisser en France vers 1760, à l'insu des autorités et à la grande horreur de l'Eglise catholique. Les deux grands éléments de la modernité mentale –alphabétisation, contrôle des naissances- ont échappé en France au contrôle politique. Il s'agit là d'une loi sans doute universelle.
Ni l'alphabétisation ni le contrôle des naissances ne découlent simplement de l'évolution économique. En Europe, l'Allemagne fut le leader incontesté pour ce qui concerne l'alphabétisation, la France pour le contrôle des naissances. Mais c'est l'Angleterre qui réalisa la première des révolutions industrielles.
Une autre faiblesse des modèles généraux qui appréhendent le phénomène du développement est de ne percevoir que son aspect positif. La hausse du taux d'alphabétisation est certes une condition nécessaire de la baisse de la fécondité et du décollage économique. Mais la révolution mentale qui l'accompagne est déstabilisatrice dans l'ordre culturel, social et politique. Une population qui apprend à lire et écrire, cela signifie des fils qui savent lire alors que leurs pères sont analphabètes, une rupture donc des relations d'autorité dans la famille. Une population qui adopte le contrôle des naissances, cela signifie une modification radicale de la vie sexuelle, un réaménagement substantiel du rapport entre hommes et femmes. Il est donc rare que cette phase ascendante de la vie des sociétés ne soit pas également l'occasion de bouleversements dans l'ordre social.
La crise de transition vers la modernité frappe surtout, en ce moment à l'échelle mondiale, le monde musulman ; elle est à l'origine de ce que l'on appelle communément l'islamisme. Mais il faut comprendre que cette crise n'a pas de rapport intrinsèque avec la nature de l'Islam en tant que système religieux. Il y a quelques décennies la face noire du progrès se manifestait dans un pays comme le Cambodge, où la non-violence du bouddhisme n'a pas empêché le quasi-génocide Khmer rouge, ou au Pérou, où le catholicisme n'a pas fait obstacle à la férocité du mouvement « sentier lumineux ». La marche de l'alphabétisation est universelle et l'instabilité transitoire des systèmes culturels qu'elle entraîne ne l'est pas moins. La seule distribution des indices de fécondité dans le monde arabe et musulman révèle que celui-ci constitue la partie du monde qui subit de plein fouet le choc de la modernisation. C'est pour cela qu'il est le lieu d'une majorité des phénomènes d'anxiété religieuse ou idéologique, et de violence.
Le concept de désorientation de transition, effet de l'alphabétisation et de la diffusion du contrôle des naissances, ne permet pas de saisir dans toutes leurs dimensions les crises idéologiques. Il serait absurde de prétendre que la révolution islamique iranienne, menée au nom de la valeur d'égalité qui est au cœur de l'islam, et le génocide rwandais, dominé par une problématique raciale et inégalitaire, relèvent d'une même catégorie idéologique. Si l'on veut comprendre la forme prise par la crise de transition, il faut aller au plus profond des systèmes culturels pour trouver, dans l'anthropologie des systèmes familiaux, les valeurs qui structurent l'idéologie et la religion.
La famille arabe et la transition
La modernisation déstabilise des populations traditionnelles dont la structuration par les valeurs familiales suivait des modèles très divers.
Le système français était déjà, dans son état préurbain et préindustriel, d'allure moderne, prônant la liberté d'établissement des enfants et une relative égalité des garçons et des filles devant l'héritage. La transition vers la modernité ne supposait, par conséquent, qu'un ajustement minimal. Le système russe était beaucoup plus fortement négateur de l'individu, qu'il insérait dans une famille complexe, tenu par des relations d'autorité puissantes. Cet individu intégré ne considérait d'ailleurs pas sa situation comme merveilleuse : les descriptions de la paysannerie russe évoquent une rage sourde contre le père et contre l'oppression familiale. Aussi la modernisation a-t-elle entraîné une désintégration de la famille communautaire, dont l'autoritarisme et le principe de prédominance masculine s'accommodent mal de l'émancipation des jeunes par l'alphabétisation. La diffusion du contrôle des naissances achève la mise à bas du principe de prédominance masculine. Ce basculement permet d'expliquer la forme et la violence de la révolution russe, dans la phase de prise du pouvoir comme dans celle de la collectivisation stalinienne.
Le système arabe et iranien est encore plus englobant, on serait tenté de dire sécurisant, que le système russe, parce que, s'il est pleinement réalisé, il ajoute au maintien des fils dans leur famille d'origine celui des filles. En prônant l'union entre les enfants de deux frères, ou éventuellement d'un frère et d'une soeur ou de deux sœurs, le mariage endogame permet le repli du groupe familial sur lui-même. Il est clair que le système familial arabe et iranien, si décrié en Europe ou aux Etats-Unis pour cause de statut de la femme, est cependant vécu comme moins pénible que le système russe -et peut-être même pas pénible du tout- par les populations concernées. Le repli endogame supprime la violence explicite d'un système de type russe (ou chinois), qui traite les femmes comme des objets, échangées entre les familles comme des paquets. Il est protecteur pour les femmes, en un sens très concret, puisque le monde musulman ignore, à la différence de bien des systèmes communautaires exogames, l'infanticide des bébés de sexe féminin, répandu en Chine ou en Inde. Les monographies sur la famille arabe ne mettent pas en évidence cette rage contre leur propre système familial qui caractérisait les paysans russes. Il est vrai que le rôle du père, en principe capital dans le système arabe, est en pratique très diminué par la règle de mariage qui confie à la coutume le choix du conjoint et qui prive donc en pratique le père du droit de décider qui son fils ou sa fille va épouser. Le système communautaire endogame est dans une certaine mesure autorégulé. Il apparaît bien souvent que la relation fondamentale n'y est pas celle qui soumet le fils à l'autorité du père mais celle qui associe solidairement les frères.
Avec le monde arabe et iranien, nous sommes donc confrontés à un autre modèle de transition vers la modernité, qui n'est pas l'occasion d'un rejet, d'une rupture brutale avec le passé, même si pour le rapport homme/femme, le choc de l'alphabétisation et du contrôle des naissances est probablement encore supérieur à ce qu'il a été en Russie. L'islamisme est, dans une phase d'alphabétisation et de diffusion du contrôle des naissances, l'expression d'une ultime nostalgie de populations, ou de segments de population, qui vivent un arrachement aux valeurs communautaires et fortement patriarcales du passé. Mais parce que la famille arabe et iranienne est perçue au départ comme une structure protectrice et chaleureuse, dans laquelle le pouvoir du père n'a pas la dimension répressive ou sadique qui était celle du père russe, la famille et la tradition ne sont pas dénoncées ou rejetées. Tout comme n'est pas dénoncée ou rejetée l'image de Dieu, soutenue par celle du père.
Ce qui se produit est au contraire une réactivation nostalgique. L'islamisme se contente de réaffirmer la dimension égalitaire des valeurs familiales (égalité des frères). Mais nous avons bien affaire à un phénomène de transition vers la modernité : l'islamisme n'est qu'une étape, au-delà de laquelle il est possible d'entrevoir un monde dans lequel la rupture du système anthropologique traditionnel est acceptée, dans lequel l'autonomisation des fils et des filles, des hommes et des femmes est un résultat acquis.
C'est cette problématique de la modernisation, que nous appliquons dans cet article au Maroc, pays où se produit actuellement une révolution des mentalités d'une ampleur très supérieure à ce que suggère l'évolution modeste des paramètres économiques. L'indice de fécondité est passé entre 1982 et 2004 de 5,5 à 2,5 enfants par femmes. La même évolution avait eu lieu en France entre 1760 et 1910, en Russie entre 1928 et 1958. La population marocaine vient de faire en 22 ans, ce que la France avait mis 160 ans à réaliser, selon un rythme proche de celui de la Russie à laquelle il avait fallu 30 ans. Nous examinerons en détail la signification de cette évolution, non seulement en termes de causalité mais aussi en termes d'effets, positifs et négatifs.
Le modèle familial marocain
Les études anthropologiques sur le Maroc évoquent deux aspects contradictoires: un système familial arabe assez classique -communautaire, patrilocal et endogame- et la persistance de traditions berbères beaucoup plus favorables aux femmes. Les recensements et enquêtes de la période récente permettent de faire le point sur cette question, de situer le Maroc par rapport aux autres pays arabes, et de mesurer le degré d'homogénéité du pays sur le plan familial et anthropologique. La Syrie, pays arabe « central », est utilisée comme point de comparaison.
Patrilocalité
Le taux de patrilocalité permet de mesurer en partie l'intensité du principe de prédominance masculine. La supériorité de statut de l'homme se manifeste, dans le système de parenté, par une tendance pour le jeune couple à s'installer du côté de la famille du mari, éventuellement à co-résider avec les parents du mari dans le cadre d'un ménage complexe.
Le taux de matrilocalité rurale (établissement des jeunes couples ruraux à côté de la famille de la femme) était au Maroc en 1982 de 1,5% et en Syrie en 1981 de 1,6%. Aucune différence significative n'apparaît. Mais les taux de matrilocalité urbaine sont différents : celui de la Syrie n'était que de 5,2%, celui du Maroc de 12,3%.
Ces simples chiffres permettent de définir la patrilocalité du Maroc comme pleinement réalisée mais relativement fragile. Les variations provinciales de la matrilocalité donnent des résultats surprenants, en tout cas pour le lecteur de monographies anthropologiques qui s'attend à voir apparaître quelques zones de matrilocalité importante, spécialement en zone berbère. Le taux de matrilocalité ne dépasse 4% que dans six provinces dont la distribution n'a pas grand-chose à voir avec la pratique des parlers berbères, puisque pour l'essentiel elles représentent simplement l'environnement rural de villes comme Rabat, Fès, Meknès et Marrakech. C'est en fait un Maroc homogène que fait apparaître la matrilocalité, bien distinct en cela de la Syrie, où le taux global de 1,6% masque de fortes différences régionales. Dans les provinces à forte population alaouite : Lattaquié et Tartous le taux de matrilocalité rurale monte à 12,5 et 6,6%.
Endogamie
Les enquêtes réalisées dans la première moitié des années 90 situent bien le Maroc par rapport aux principaux pays arabes et à quelques pays musulmans comme le Pakistan, l'Iran et la Turquie. La partie centrale du monde arabe, constituée de l'Arabie Saoudite, de la Jordanie et de la Syrie, est caractérisée par des taux avoisinant 35% de mariages entre cousins germains. Au-delà de ce cœur, les taux baissent. L'endogamie marocaine, tout en étant substantielle, représente une variante atténuée du système arabe, la plus faible en réalité.
En 1997, dans la zone centrale du Maroc (2), le taux d'endogamie rural tombe en-dessous de 20%. En Iran, une cartographie du même type ferait apparaître dans la zone centrale des taux compris entre 25 et 30%. La comparaison avec la Syrie, et particulièrement avec sa zone centrale, se révèle à nouveau significative. Si l'on excluait du taux syrien les zones alaouites de faible endogamie, on atteindrait presque 40%. La comparaison de la zone centrale du Maroc avec la zone centrale de la Syrie rurale fait donc apparaître un rapport du simple au double.
Le système anthropologique marocain représente donc une variante faible du modèle arabe. La patrilocalité y est absolue mais fragile et l'endogamie plus faible qu'ailleurs. Les données suggèrent qu'au Maroc, le choc de la modernisation éducative et démographique a touché une société où l'arabisation du système familial était à peine en train de s'achever.
Originalité de la transition démographique marocaine
Pour prendre la mesure des transformations démographiques, culturelles et mentales du Maroc, il faut les situer dans un contexte comparatif adéquat. Le Maroc appartient à des ensembles plus vastes, structurés par des organisations internationales ou non : le Maghreb, l'Afrique, la Méditerranée, le monde arabe et le monde musulman.
Le Maroc : un précurseur dans le monde arabe
La baisse de la fécondité marocaine a pris une décennie d'avance sur celle de la plupart des pays arabes, et 20 ans sur les retardataires comme la Palestine ou le Yémen. Au moment où elle survint au milieu des années 70, elle a surpris les observateurs qui doutaient tous qu'elle puisse avoir lieu aussi vite et aussi tôt. La fécondité du Maroc ne différait en rien avant cette date de celle des pays arabes, exception faite de deux petits pays le Liban et la Tunisie. La préférence pour la famille nombreuse était tellement marquée que le pays s'est permis une légère hausse de 7,2 à 7,4 enfants entre 1962 et 1973, phénomène assez rare.
Ailleurs dans le monde arabe, deux précurseurs de la maîtrise de la croissance démographique, Habib Bourguiba et Jamal Abdel Nasser, ardents malthusiens, ont remporté plus de succès en Tunisie et en Egypte. Ces pays ont amorcé, avant le Maroc, une transition démographique réussie en Tunisie mais avortée en Egypte. En Tunisie, la baisse de la fécondité a été stimulée par une hausse de l'alphabétisation masculine, qui avait atteint 50% en 1969. Il convient néanmoins de relativiser la portée de l'alphabétisation sur la démographie. Malgré son retard séculaire sur la Tunisie en matière d'éducation -il y a aujourd'hui 2 fois plus d'analphabètes au Maroc (3)-, la fécondité marocaine n'est plus qu'à quelques décimales de la fécondité tunisienne. Le rôle de l'instruction comme vecteur de la transition démographique s‘est amorti avec le temps.
Les schémas démographiques du Maroc sont différents de ceux du Proche-Orient, avec une spécificité maghrébine très prononcée. En Egypte et en Syrie, depuis une quinzaine d'années, un sérieux coup de frein a figé la transition démographique et, serait-on tenté de dire, les autres formes de transition. De telle sorte que la fécondité y reste très élevée en termes mondiaux. Le Maroc est à 2,47 enfants par femme en 2004, la Syrie à 3,6 (45% de plus) et l'Egypte à 3,4 (37% de plus).
Une transition atypique, des discordances entre phénomènes
Le déclenchement précoce de la transition au Maroc contredit la théorie démographique. Celle-ci met en première position, dans la course au progrès démographique, les pays les plus avancés au plan économique, culturel et social. Or, dans le contexte arabe des années 70, le Maroc non seulement ne jouissait d'aucun atout particulier, largement distancé par les autres pays. D'où une série de discordances.
Première discordance : lorsque s'est déclenchée la chute de fécondité et par la suite, le niveau de vie était et reste faible. Aujourd'hui, le Maroc est l'un des pays arabes les moins bien lotis : le PIB per capita (en PPA) est modeste (3940 dollars en 2003). Pour tomber plus bas, il faut aller au Soudan, au Yémen, en Palestine et en Syrie, pays de faible niveau de vie et de forte fécondité.
Deuxième discordance : le pays était profondément rural et en principe moins prédisposé à la transition. Le poids de quelques villes-makhzen prestigieuses - Rabat, Fès, Meknès, Tanger- ou de la capitale économique - Casablanca -, ne doit pas faire illusion. Même ces villes étaient sous la coupe de la campagne. En remontant les générations, on trouvait un grand nombre de ruraux de souche chez les personnes âgées, qui participaient pleinement aux décisions de fécondité du couple. Aujourd'hui, la proportion officielle des urbains dépasse celle des ruraux, mais le poids de la campagne et de l'agriculture demeure. Toute l'économie reste tributaire des caprices de la pluviométrie et des fluctuations agricoles.
Troisième discordance : selon l'un des dogmes de la transition démographique, une baisse de la mortalité anticipe celle de la fécondité. Lorsque la mortalité baisse, la « productivité » des naissances augmente; il en faut moins pour conserver un enfant -un garçon- jusqu'à l'âge adulte. Or le Maroc n'a pas attendu l'accélération de la baisse de la mortalité des enfants pour que sa fécondité chute. Cet effet d'« assurance » n'a pas joué.
Quatrième discordance : un article du credo de la transition, plus récent, affirme que l'amélioration du statut de la femme est la condition sine qua non de la transition. Le cas du Maroc ne vérifie pas ce dogme. Le statut de la Marocaine a certes beaucoup évolué, avec des plus (comme la nouvelle Moudawana). Il est vrai que le foeticide féminin à l'aide des procédés de détection du sexe, bon indicateur du statut féminin, n'existe pas au Maroc contrairement à ce qu'on observe dans des pays d'Asie (et un peu en Tunisie). Mais après sa naissance, la fillette perd l'avantage biologique que lui confère la nature : la mortalité des fillettes marocaines est de 22% plus élevée que celle des garçons avant l'âge de 5 ans, alors qu'elle devrait être de 22% plus basse dans une société sans biais patrilinéaire et patrilocal.
Cinquième discordance : un autre lien établi par la théorie de la transition est celui qui associe mécaniquement la baisse de la fécondité aux progrès de la scolarisation et à la diminution de l'analphabétisme féminin. La scolarisation des enfants favorise la réduction de leur nombre en raison des coûts indirects (livres, vêtements, cantine…) et des coûts d'opportunité. Or, à la veille de la révolution démographique marocaine en 1975, la scolarisation était peu répandue (moins de 40% des enfants étaient scolarisés) et l'analphabétisme féminin dominant : 87% chez les femmes (1971). Depuis trois décennies, la fécondité baisse beaucoup sans que la sortie de l'analphabétisme féminin en apparaisse comme le moteur effectif. En 2004, 55% des Marocaines sont encore analphabètes. A l'encontre des dogmes les mieux enracinés, il apparaît que la transition de la fécondité marocaine a été plus guidée par l'alphabétisation des hommes : les hommes âgés de 20 ans atteignent un taux d'alphabétisation de 50% en 1972, ce qui contribue à expliquer la transition de la fécondité survenue 3 ans plus tard en 1975.
La déconnexion entre l'alphabétisation et la transition démographique permet d'envisager un avenir plus radieux pour les femmes. La transition de la fécondité, devenue inéluctable, se traduira concrètement par des naissances moins nombreuses ou stabilisées et, par conséquent, une pression beaucoup moins forte sur les entrées dans le système scolaire. Les filles en seront les premières bénéficiaires, avec une scolarisation universelle et, à terme, l'éradication de l'analphabétisme féminin. Depuis quelques années, l'accès à l'école remet en question le déséquilibre traditionnel entre les sexes. L'enseignement primaire assure une parité parfaite : en 2003/2004, 48,2% des nouveaux inscrits étaient des filles. L'enseignement secondaire (45,2% de filles en 2003-2004) et l'université (48,5%) comptent autant de filles que de garçons.
Moins de disparités entre régions : vers l'Etat-nation
Durant les années 60 et 70, dans une frange de la bourgeoise marocaine urbaine occidentalisée, musulmane ou juive, ainsi que chez les étrangers encore nombreux à l'époque, on se mariait tard et on pratiquait le contrôle des naissances. Ces groupes pesaient peu dans la balance; le mariage était précoce (17,3 ans chez les filles en 1960, 19,5 ans en 1971, aujourd'hui 26,3 ans) et la contraception rare : 9% (aujourd'hui 63%). La fécondité était partout élevée, sauf à Tanger (5,75 enfants), alors moins provinciale que Rabat (7,17) ou Casablanca (7,08), et qui n'avait pas eu le temps d'oublier son rayonnement de ville internationale.
Au milieu des années 70, la révolution démographique s'est rapidement diffusée du centre vers la périphérie. Partis de la côte atlantique, les nouveaux comportements familiaux ont conquis une partie appréciable du Maroc dit « utile ». Le Nord-Est et le Sous se sont également mis au diapason. En 1982, les deux capitales initient de nouveaux comportements démographiques, se plaçant nettement en deçà du reste du pays : 3,4 enfants par femme à Rabat et 4,0 à Casablanca, où le prolétariat rural récemment immigré a conservé quelques habitudes de son ancien mode de reproduction. La capitale politique, en revanche, lieu d'élection des classes moyennes et supérieures, fermée à la classe ouvrière, était plus moderne. A l'échelle du territoire, les différences démographiques étaient gigantesques : 8,3 enfants - plus que le Mali ou le Niger - à Chefchaouen et à Zagora, 5 enfants de plus qu'à Rabat.
Les comportements ont changé durant la décennie suivante. La fécondité du pays a considérablement baissé mais, en contrepartie, les contrastes démographiques se sont accentués et ont atteint un pic en 1994. Sans s'être totalement résorbée, la différence démographique est aujourd'hui très émoussée. On trouve toujours l'écart entre Chefchaouen avec 3,93 enfants et Rabat, où la fécondité est tombée à 1,63, un niveau aussi bas qu'à Paris, Milan ou Madrid. Mais ces écarts sont désormais mineurs. Les 14 provinces où la fécondité dépasse encore 3 enfants, ne regroupent que 13% de la population du Maroc. Un Marocain sur 8 seulement vit encore dans un contexte de famille nombreuse. Les provinces ouvertes à la migration internationale : Oujda, Nador, Al Hoceima et Agadir… se retrouvent parmi celles où la fécondité est la plus basse, voire inférieure au seuil de remplacement : 2,1 enfants par femme.
En 2004, la réduction des inégalités régionales est frappante et révèle une substantielle unité culturelle du pays, évidemment favorable à la stabilisation et à l'affirmation de l'Etat-Nation. Nouveau paradoxe : certains régimes arabes se sont voulus socialistes et jacobins, mais leurs efforts centralisateurs n'ont paradoxalement abouti qu'à un morcellement renforcé entre les régions, comme la Syrie: la fécondité des régions favorisées par le régime : Damas, la zone côtière alaouite, le Djebel Druze y était deux à trois fois inférieure à celle des régions délaissées ou frappées d'exclusion : Alep et son hinterland, par exemple.
Le déclenchement : crise économique, révolution mentale
En 1975, le Maroc s'est trouvé à la croisée des chemins, avec un double virage économique et politique. Le prix du phosphate, sa principale ressource d'exportation, a chuté, tandis que les dépenses de l'Etat se sont envolées après la Marche Verte de novembre 1975 et la récupération du Sahara espagnol. En 1983, le programme d'ajustement structurel a inauguré une longue phase d'austérité financière. Celle-ci a accéléré l'érosion de la préférence pour la famille nombreuse. La fécondité est tombée de 7,4 enfants avant la crise de 1975 à 4,4 en 1987.
La crise économique de 1975 a été douloureuse (4). Mais elle a participé à la modernisation des mentalités. Plutôt que de tendre la main à l'Etat pour satisfaire ses besoins, le citoyen a découvert qu'il ne pouvait plus compter que sur son initiative, sur ses ressources propres, et non sur celles d'un Etat patrimonial redistributeur. Les années de crise furent celles de l'irruption des femmes dans la vie active. La diminution de l'emploi public, la baisse du pouvoir d'achat, ont imposé la nécessité d'une 2ème source de revenus dans la famille. La féminisation de la main-d'œuvre est allée crescendo : en 1960, 10% des femmes de 20-34 ans avaient un emploi, 35% en 1995. Cette féminisation a accéléré la baisse de la fécondité.
Migration internationale et changement culturel
Que la transition démographique ait conquis les villes est somme toute un phénomène normal. Moins gagné d'avance était son déclenchement en milieu rural (deux habitants sur trois en 1975). Or la transition a non seulement gagné les campagnes, mais elle y a maintenu un rythme élevé de telle sorte que la fécondité rurale n'était plus que de 3,06 enfants par femme en 2004, malgré le taux de 75% d'analphabétisme féminin. Si le monde rural s'est mis à l'unisson des villes c'est qu'il en a subi la contagion et la diffusion de modèles familiaux plus modernes. Mais l'influence venue de dehors ne fut pas uniquement celle des villes. Les émigrés marocains, ces passeurs de cultures, ont accéléré la mutation des comportements.
Un Marocain sur 11 vit à l'étranger, une proportion qui a doublé en 10 ans. Le Maroc comptait 3,1 millions d'expatriés en 2004, dont 85% en Europe occidentale et 9% seulement dans les pays arabes. Le rôle visible ou caché de la diaspora sur les transformations du Maroc, démographiques en particulier, a augmenté en proportion de cette diaspora. Les remises d'épargne donnent la mesure du phénomène : elles sont passées de 1,5% du PNB en 1970 à 7,3% en 1993 et 8,3% en 2004, 4,1 milliards de dollars, un montant considérable. Or, la démographie des provinces sujettes à la migration internationale s'est transformée, ceteris paribus, plus vite que les autres.
L'ouverture par les langues
Une particularité du Maroc intimement liée à la précédente réside dans la pluralité de ses langues. Elle est inséparable de sa géographie et de son histoire. Après l'indépendance, le nombre des locuteurs en langues étrangères (français et espagnol) a été multiplié par 10.
Aujourd'hui, les Marocains bilingues arabe et français (ou espagnol), sont de très loin les plus nombreux : 9,4 millions d'individus, 70% des alphabétisés, contre 4,1 millions de monolingues en arabe. Ce multilinguisme - arabe dialectal, arabe littéraire, différentes variantes de l'amazigh, français, espagnol - a des effets divers sur la personnalité marocaine. Il est une ressource économique précieuse, un atout dans la communication avec le monde extérieur. La comparaison de la fécondité des provinces dénote une forte corrélation entre utilisation de langues étrangères et basse fécondité.
Le Maroc compte 8,4 millions de Berbérophones, soit 28,3% de la population en 2004. Mais contrairement à une idée communément admise, on ne trouve pas de liaison entre pratique de l'amazigh et fécondité. Il n'y a pas un fond anthropologique ou ethnique différent chez les « Arabes » et les « Berbères » au Maroc, mais un mouvement d'arabisation et de francisation linguistique, cheminant en parallèle au fil de l'urbanisation et de la scolarisation.
L'accès aux médias en langues étrangères est de plus en plus ouvert aux analphabètes et aux ruraux : 6 ménages ruraux sur 10 ont la télévision et 1 sur 7 la parabole, ce qui favorise la «mondialisation des esprits » et la diffusion des modes, y compris les modes démographiques conçues ailleurs – en l'occurrence la famille idéale de deux enfants -.
Le rôle décisif des hommes dans la transition démographique
Occulté dans le champ des études démographiques depuis la révolution féministe des années 70, le rôle des hommes dans la transition mérite d'être réhabilité. Dans le cas du Maroc, c'est une nécessité si l'on veut comprendre ce qui s'est passé. Il faut noter que cette mode idéologique a largement conquis le Maroc qui compte nombre d'ONG féministes et où les organisations internationales bien implantées, ont relayé, avec une belle constance, le credo féministe. L'un des dogmes de ce discours est que l'élévation du statut de la femme et l'égalisation des « genres » sont indispensables pour que la transition démographique ait lieu.
Il faut noter cependant qu'au Maroc, ce sont souvent les hommes qui ont été les pionniers à des phases cruciales de la transition démographique. Leur sortie plus rapide que celle des femmes de l'analphabétisme a imprimé sa marque décisive à la baisse de la fécondité lors du tournant des années 70. Aujourd'hui, trente ans plus tard, les contours de l'analphabétisme montrent une relation un peu plus forte entre alphabétisation masculine et basse fécondité qu'entre alphabétisation féminine et basse fécondité. Ce sont aussi les hommes qui ont pris le chemin de l'émigration vers l'Europe à la fin des années 50 avant que les femmes ne les rejoignent en diaspora à partir du regroupement familial des années 70. Ce sont les hommes qui, voyant leurs ressources économiques fondre, à partir de 1975, ont encouragé leur femme et leurs filles à travailler en usine ou dans des bureaux et à recourir aux moyens contraceptifs.
L'opposition des sexes est une idée toute faite qui trouve ses limites. Les enquêtes récentes montrent plus d'autonomie féminine et de concertation homme-femme dans les décisions cruciales de l'existence que ne le suggèrent les idées reçues. Les Marocaines qui peuvent décider de l'utilisation de leurs revenus dans le ménage sont 76%, le mari n'accaparant la décision que dans 9% des cas.
Implications économiques et politiques
Trois décennies de transition démographique du Maroc montrent que l'initiative du changement est partie de la société civile et non des injonctions gouvernementales. Une accumulation de facteurs économiques, culturels, sociaux, psychologiques, moraux a conduit le peuple marocain à percevoir les avantages de la famille restreinte et son comportement a basculé. Le gouvernement, à travers son programme de planning familial, n'a fait que suivre le désir de la population de limiter sa descendance.
Dans les deux à trois prochaines décennies, l'analphabétisme va s'effondrer et si son éradication complète prendra encore deux à trois décennies, le Maroc pourra cependant compter sur une population adulte instruite. Les analphabètes ne seront pas plus de 4% chez les hommes et 8% chez les femmes en 2030. La population, dans son ensemble, sera plus performante au plan professionnel et plus désireuse de limiter sa fécondité.
Avantages économiques à moyen terme de la chute de fécondité
La stabilité du nombre de naissances entre 2005 et 2030, aura pour contrepartie, avec 6 ans de décalage, l'arrêt de la croissance des entrées en première année de l'enseignement primaire, et avec 11 ans de décalage, en première année du secondaire. Le système éducatif marocain - très coûteux, 23% budget de l'Etat et 5,4% du PIB - pourra être amélioré en termes de qualité. Plus généralement, l'Etat utilisera plus efficacement ses ressources pour accompagner la croissance de la production en ayant moins le souci de colmater au coup par coup les déficits dans les secteurs sociaux par l'augmentation rapide de la population.
La forte pression sur le marché de l'emploi va diminuer: les entrées de jeunes sur le marché du travail vont progressivement se ralentir. Les départs en retraite s'accélérer, de sorte que des jeunes mieux formés vont remplacer des personnes âgées, moins compétentes. Ces transformations agiront sur la propension à émigrer à l'étranger; l'absence de travail ou l'insatisfaction liée au travail, en étant la principale raison. Il est même possible que l'immigration de travailleurs étrangers au Maroc puisse lui succéder ou cheminer en parallèle, comme dans la rive nord de la Méditerranée, en Espagne et Italie, désormais importateurs de main-d'œuvre.
La convergence des niveaux de fécondité suscite un rapprochement des tailles des familles et favorise la réduction des inégalités de répartition du revenu. De façon plus générale, la convergence générale des indicateurs de fécondité -régionaux, urbains et ruraux, arabophones ou berbérophones, par classe sociale - évoque l'émergence d'une société plus homogène et plus unitaire. Cette convergence est un acquis structurant précieux, qui renforce en profondeur le sentiment d'appartenance à une nation.
La scolarisation de masse transforme les relations verticales, entre aînés et jeunes, et horizontales, entre hommes et femmes. On doit imaginer, au-delà de la phase transitoire de déstabilisation et de désorientation des comportements, l'émergence d'une société plus égalitaire et plus ouverte. Les nouveaux modes d'union permettront de brasser les populations en rapprochant des conjoints venus d'horizons divers. Ces changements favoriseront l'avènement d'une classe moyenne plus consistante et d'une société plus égalitaire. En fait, la mutation démographique annonce, à moyen terme, l'avènement d'une société plus mûre pour la démocratie.
Il faut voir aussi qu'un passage de la fécondité au-dessous de 3 enfants par femme et a fortiori bien en deçà comme au Maroc, implique une rupture de l'idéologie patrilinéaire et des pratiques patrilocales qui structuraient la vie familiale. Lorsque l'on a 6 enfants, la probabilité d'avoir un garçon, condition nécessaire d'une succession en ligne masculine, est de 99%. Si l'on en a 4, de 94%. Si l'on en a 3, de 88%. Mais si l'on en a deux de 76% seulement; le quart des couples acceptant de ne pas avoir de descendance masculine.
Les risques du court terme
La transition démographique comporte cependant des risques. Eludons d'emblée celui qui est le plus communément invoqué : le vieillissement de la population. Vieillissement accéléré, beaucoup plus abrupt qu'en Europe, avec le doublement des effectifs des personnes âgées et en pourcentage de 5,5% à 9,3% entre 2005 et 2030. Or, cet inconvénient de la transition démographique est très exagéré. Il sera atténué grâce à la pérennité des structures sociales et familiales marocaines, et à la solidarité entre les générations.
En revanche, il faut être clair sur le fait que la transformation du cadre démographique de la vie économique et sociale n'interviendra qu'avec un temps de retard sur la baisse de la fécondité. Un décalage que les projections de population par tranches d'âge permettent d'évaluer avec précision. Avant la baisse de la tension démographique, doit être envisagée une période de tension sociale, durant laquelle la hausse du niveau éducatif et celle du niveau d'aspiration sociale de la population jeune, n'impliquent aucune amélioration de sa situation économique. Au contraire. Les projections indiquent aussi que le Maroc aura à gérer un marché de l'emploi tendu jusqu'au milieu de la prochaine décennie, et que la tension ne baissera qu'à partir de 2013. Mais il ne s'agit pas seulement de chômage. Dans l'immédiat doit être notée une aggravation de la condition concrète des jeunes adultes, qui résulte directement de la mutation du démographique : la forte montée du célibat qui accompagne et qui explique en partie, la chute de la fécondité. Le problème est que le Maroc allie deux éléments de structure sociale contradictoires et générateurs de tension : un régime démographique de plus en plus occidentalisé avec un système de relations entre les sexes largement traditionnel (insistance sur la virginité de la femme, réprobation des relations sexuelles avant le mariage, prohibition du concubinage). Les implications psychologiques et politiques sont sérieuses dans un pays qui compte dans ses villes, 1,3 million de jeunes célibataires, 92% de cette tranche d'âge masculine, par nature particulièrement dynamique pour ne pas dire remuante.
Les indicateurs de fécondité et d'alphabétisation, évoquent-ils la possibilité d'une crise islamiste semblable à celles qui ont touché l'Iran à partir de 1979 et l'Algérie de 1991? Ou sont-ils, à l'opposé, compatibles avec une modernisation de type tunisien, combinant mutation des mœurs et immobilisme politique ? L'examen des paramètres culturels suggère que la transition marocaine est absolument spécifique et ne semble mener ni à une explosion de type iranien ou algérien, ni à une stabilité de type tunisien.
Pas de ressemblance entre les trajectoires iranienne et marocaine tout d'abord. Le seuil de 50% d'hommes de 20 ans alphabétisés, atteint en 1964, a été suivi par des troubles politiques en 1979, soit 15 ans plus tard. Or au Maroc, 34 ans se sont déjà écoulés depuis le passage de ce seuil en 1972. L'alphabétisation de 50 % des femmes iraniennes en 1981 a quant à elle enclenché une chute immédiate de la fécondité. A la fin de la monarchie, la fécondité était de 7 enfants par femme, celle du Maroc actuel n'est déjà plus que de 2,47 (2004). Le Royaume du Maroc a donc passé la phase de transition sans crise idéologique ni politique.
L'examen du cas algérien amène à nuancer cet optimisme, car il rappelle que l'alphabétisation féminine est une variable cruciale. En effet, en Algérie, le seuil de 50% des jeunes hommes alphabétisés fut atteint dès 1964.,La hausse de l'alphabétisation en 1950-1960 rend compte de l'aspiration à l'indépendance. La guerre d'Algérie a absorbé certaines des énergies de rupture dues à la hausse de l'alphabétisation masculine. Après 1962, l'Algérie était par ailleurs trop épuisée par cette lutte. Et ce n'est qu'en 1991 qu'intervient la crise islamiste, soit dix ans après que les jeunes femmes aient atteint une alphabétisation à 50% (dans un système anthropologique patrilinéaire, comme le système arabe, l'éducation féminine est fortement déstabilisatrice). Or, au Maroc, les femmes de 20 ans ont dépassé le seuil d'alphabétisation de 50% en 1996, il y a 10 ans. Une telle évaluation situerait donc le Royaume dans la dernière zone dangereuse. Mais le Maroc n'est pas comparable point par point à l'Algérie du début des années 90, notamment en démographie. En 1991, lors de la poussée islamiste, l'Algérie vivait une chute de fécondité d'une extrême brutalité. Tous les éléments de désorientation psychologique jouaient donc en même temps. Au Maroc, la maîtrise de la fécondité qui date de 1975 est irréversible. On ne peut envisager une tension du niveau de celle qui a déstabilisé l'Algérie.
Trois autres éléments, anthropologiques, politiques et historiques renforcent l'hypothèse d'une différence de nature entre Maroc et Algérie : l'endogamie au Maroc est nettement plus basse que celle de l'Algérie, la contradiction entre modernité individualiste et système familial traditionnel y est moins violente et, d'un point de vue historique, les problèmes d'identité sont moindres, l'Etat marocain et sa monarchie étant inscrits dans une longue histoire.
Si l'on compare le Maroc à la Tunisie, enfin, on relève d'emblée que la baisse de la fécondité s'est déroulée, dans ces deux pays, avec 10 ans de décalage mais selon des rythmes comparables. En revanche, la grande différence est d'ordre familial et anthropologique. Le taux d'endogamie de la Tunisie - 36% - est proche de la norme arabe, alors que celui du Maroc n'est que de 25% (20% dans sa zone centrale). Or, l'endogamie est l'un des indicateurs de l'anti-individualisme du système familial : il existe un rapport entre le degré d'ouverture du système familial et le degré d'ouverture du système politique. En Tunisie, donc, c'est le repli du système familial qui freine la montée de comportements individualistes ou libéraux. Cette forte endogamie est sans doute la clef d'un certain mystère tunisien. L'armée et les femmes, qui font généralement mauvais ménage, ont trouvé en terre tunisienne un rare compromis, effet d'une aversion partagée pour le mouvement islamiste, dont les uns et les autres n'auraient qu'à pâtir. Une telle combinaison « féministe autoritaire » n'est pas envisageable au Maroc, où l'ouverture du système familial conduit à plus d'individualisme et une ouverture du système politique.
*********
Le Maroc est à la veille de récolter les bénéfices de la transition ; ils se traduiront par une diminution de la pression démographique, sur le marché de l'emploi notamment, et un recul de la propension des jeunes à émigrer. Les différentes transitions - culturelle, démographique, anthropologique… - concernent l'ensemble du pays et tendent à atténuer les différences régionales et les différences de classe, favorisant ainsi la consolidation de l'Etat-Nation. A ce titre, la dichotomie arabe-berbère paraît de plus en plus artificielle, tout comme la différence linguistique : les processus d'acquisition de l'arabe écrit et celui des langues étrangères (français), ayant évolué en parallèle avec les progrès de la scolarisation et le recul de l'analphabétisme.
La transition de la fécondité et l'entrée dans la modernité comportent néanmoins quelques « déstabilisations », telles que l'érosion du modèle familial patriarcal, l'émergence des femmes dans la sphère publique avec les progrès de leur scolarisation et, enfin, la contradiction entre une liberté individuelle accrue offerte par la contraception et la croissance vertigineuse du nombre des célibataires, hommes et femmes. C'est au regard de ces évolutions que doivent s'analyser les phénomènes d'anxiété religieuse ou idéologique conjoncturels que l'on observe au Maroc et qui pourraient se traduire, à l'occasion des élections législatives de 2007, par une hausse relative du vote contestataire.
---------
1)Furet F. et Ozouf J., Lire et écrire : l'alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry, Editions de Minuit, Paris, 1977.
2)La « zone centrale » du Maroc, aussi qualifiée de « Maroc utile » est composée des plaines côtières, des grandes villes (Rabat, Casablanca, Meknès, Fez, Tanger, Marrakech) et de leur périphérie.
3)Hommes analphabètes : 30,8% au Maroc contre 14,8% en Tunisie ; femmes analphabètes : 55% au Maroc contre 31% en Tunisie
4)Contrairement à la crise politique qui a permis l'union sacrée autour de la personne du Roi sur la question du Sahara
15:25 Ecrit par Maroc pluriel dans Maroc multiple | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique
vendredi, 30 juin 2006
pour un Maroc uni, pluraliste et pluriel
| La société civile en mouvement pour un Maroc uni, pluraliste et pluriel, thème d'une rencontre à Genève | |
|---|---|
| GENEVE (MAP) - Des acteurs de la Société civile au Maroc ont animé, jeudi à Genève, une conférence intitulée "la Société civile en mouvement pour un Maroc uni, pluraliste et pluriel". | |
| La diversité culturelle, le dynamisme sociale, l'interaction des initiatives pouvoirs publics/tissu associatif étaient les maîtres mots de cette rencontre mais aussi les challenges qui restent à relever dans bon nombre de domaines pour parfaire l'édification d'un Maroc solidaire et économiquement compétitif. Mme Khadija Sadouk, vice-présidente de l'Association Marocaine des Droits Humains (AMDH), a plaidé pour une unité globale car sans unité à l'intérieur et à l'extérieur, autrement dit au niveau du Maghreb, aucun développement ou progrès ne seront à la hauteur des aspirations affichées. "Les richesses du Maghreb se perdent à cause de questions qui nous séparent et les peuples souffrent de cet état de faits", a-t-elle souligné. Pour elle, la diversité et la différence constituent une force qui engendre une dynamique de développement, mettant en exergue les liens historiques et culturels, qui constituent le socle sur lequel cette unité peut être édifiée. Cette aspiration n'est toujours pas au rendez-vous, alors que d'autres n'ont pas les mêmes atouts et pourtant ils sont arrivés à s'unir économiquement et politiquement, a-t-elle fait remarquer. Pour Mme Asmae Mahdi, de l'association "Initiatives pour la protection des Droits des Femmes" (IPDF), les marocains aspirent à "l'édification d'un Etat de droit, un Etat démocratique fort, riche de ses diversités culturelles, linguistiques et politiques et de ses différences. Un Etat uni dans ses luttes contre différents ennemis, dont les formes d'expression peuvent varier mais qui se rencontrent de par les objectifs à atteindre à savoir, l'unité contre l'intégrisme, le séparatisme et la pensée unique". Pour l'intervenante, des avancées considérables ont été enregistrées et qui pourraient avoir un effet de levier et servir de modèle pour la région MENA. Sur le plan des droits politiques et civiques, des réformes juridiques ont été entreprises et des mécanismes de surveillance créés. Au niveau économique, social et culturel, un processus vient d'être déclenché. Toutefois, a-t-elle dit, les avancées restent en deçà des aspirations de certaines catégories de la société marocaine, notamment les femmes, déplorant, à cet égard, "un certain manque de vision et de cohérence en matière de promotion de leurs droits. Il existe, cependant, une conscience accrue sur les retards économiques et des droits de l'Homme, partagée par l'Etat et la société civile, ce qui permet d'avancer ensemble dans un intérêt commun, a-t-elle reconnu. Dans cet ordre d'idées, M. Abdallah Hitouss, de l'Association "Tamaynout", a affirmé que le Maroc associe la société civile qui oeuvre dans le domaine des droits de l'Homme. Celle-ci est forte de plus de 10.000 associations dont un millier actives sur le terrain. "Nous oeuvrons pour un Maroc uni et solidaire certes, mais le Royaume transcende cette caractéristique pour un Maroc pluriel avec toutes ses composantes", a-t-il fait savoir. L'intervenant a plaidé pour "une politique de régionalisation et de décentralisation audacieuse" qui fera ressortir ce pluralisme et cette diversité. Les réformes positives entreprises par le Maroc constituent de véritables acquis en matière des droits, tel l'adhésion du Royaume au protocole facultatif sur les droits politiques et civiques, la levée de réserves sur certains articles des conventions contre la torture et le racisme, l'adhésion aux conventions contre la corruption et le travail des enfants et les réformes de plusieurs législations à caractère socio-économique et politique, a souligné, de son côté, le représentant de l'Organisation Marocaine des Droits Humains (OMDH), M. Lamnaouar Hammadi. Mme Zahra Ouarid, membre de l'Union de l'Action Féminine (UAF) a mis l'accent sur les réalisations accomplies en matière de représentativité des femmes au parlement, leur participation à la prise de décision et l'impact positif indéniable d'une série d'initiatives prises sur la société en général et la femme en particulier, tel la réforme des codes de la famille et du travail. L'Etat se doit, toutefois, de fournir davantage d'efforts en matière d'éducation, de santé et d'emploi et d'adopter une approche pour le genre dans toutes les politiques des pouvoirs publics, a estimé l'intervenante. Le président de l'Association de la marche et de l'avenir, basée à Smara, M. Bellali El Idrissi, a exprimé le souhait des organisations sahraouies de la société civile que soit créé un réseau associatif élargi pour promouvoir une société civile unie. La démarche de la société civile à propos du Sahara est encore embryonnaire, a-t-il estimé, demandant en tant qu'associations sahraouies de bénéficier de l'expérience acquise par les autres associations marocaines. Il a plaidé pour la création de réseaux pour que la société civile puisse constituer une force de proposition qui se complète et servir de balise pour l'administration afin de lutter contre l'analphabétisme et militer pour la bonne gouvernance, la transparence et les droits de l'Homme. Cette rencontre a eu lieu dans le cadre des activités parallèles organisées par l'ONU à l'occasion de la tenue de la première session du Conseil des Droits de l'Homme à Genève. | |
| Publié le: 30/06/2006 | Source : MAP |
16:45 Ecrit par Maroc pluriel dans Appel Citoyen, Instance Equité et Réconciliation (IER), Maroc multiple, SAHARA MAROCAIN | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pluralité, appel citoyen
lundi, 22 mai 2006
Pas de Tsunami au Maroc
| La Direction de la Météorologie nationale écarte le danger d'un tsunami dans l'océan atlantique | |
|---|---|
| RABAT (MAP) La Direction de la Météorologie nationale a écarté le danger d'un tsunami qui pourrait frapper l'océan atlantique suite à la chute de fragments d'une comète qui passera le 25 mai courant au-dessus de la Terre. | |
| Dans une déclaration, dimanche soir, à la MAP, le Directeur de la Direction de la Météorologie nationale, M. Mustapha Janah, a affirmé que le "Centre de recherche Ufologiques" qui a fait état, sur son site internet, de "danger de tsunami" devant toucher plusieurs pays, dont le Maroc, "n'est pas un centre scientifique puisque ce dernier ne dispose pas de moyens techniques d'observation" de ce genre de phénomène. Citant l'Agence spatiale américaine NASA, le responsable a indiqué que la comète devrait passer très loin de la terre, soit à environ 10 millions de kilomètres, excluant par conséquent tout risque de tsunami dans l'océan atlantique. |
22/05/2006
لقد جاء تكذيب لهذه الإشاعة من طرف الأرصاد الجوية المغربية. وكل من أراد الركوب على ترويج الأكاذيب في احتمال وقوع تسونامي ببلدنا الحبيب عليهم أن يعلموا أن الشعب المغربي لهم بالمرصاد ولن يستطيعوا زحز حته عن مبادئه الوطنية الراسخة
لقد اعتمدوا مصدرا ضعيفا في ترويجهم لإ شاعة تسونامي. كيف نعتقد ما يقوله هذا المشعود الأبله المدعو 'إريك جوليان' ؟ من جملة ما يدعيه أنه على اتصالات بكائنات غريبة تسكن في كوكب آخر وهي اللتي تزوده بمثل هذه الأ فكار الظلامية الخرقاء. بل الأنكى من ذلك أن هذه الكائنات دربته على قيادة الصحون الطائرة. والله إن هذا هو قمة الهذيان.
المغربي_2
16:00 Ecrit par Maroc pluriel dans Maroc multiple | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note









