jeudi, 28 avril 2005

Lyautey : La carte berbère à partir de 1914

En effet, Lyautey utilisait la carte berbère dès le début de sa prise de fonction en tant que résident général. Le premier décret qui a défini le cadre de la politique berbère et la sphère de son application, remonte au 11 septembre 1914. En effet, dès la soumission des premières tribus berbères victimes de la pacification, en 1913, le Général Henrys et son état-major composé d’anciens d’Algérie montraient leur préférence pour une politique berbère "qui sauvegarderait l’originalité du monde berbère marocain en maintenant celui-ci dans son isolement traditionnel et en lui conservant ses coutumes."

Dans la même année, le Général Lyautey ordonne, suite à cette proposition, une demande d’enquête sur le droit coutumier, "afin de mieux fixer la formule qui conviendrait à ces populations."

En 1925, il donne ses directives dans une circulaire adressée aux officiers des affaires indigènes :
"Nous n’avons pas à enseigner l’arabe à des populations qui s’en sont toujours passé. L’arabe est un facteur d’islamisation, puisqu’il est la langue du Coran, et notre intérêt nous com-mande de faire évoluer les Berbères hors du cadre de l’islam. Au point de vue linguistique nous devons tendre à passer direc-tement du berbère au français. Pour cela, il nous faut des berbérisants...Il faut aussi créer des écoles franco-berbères où l’on apprendra le français aux jeunes Berbères. En second lieu, nous devons nous garder soigneusement d’intervenir sur le terrain religieux. L’Islam n’a déposé sur les Berbères - j’entends ceux qui ont conservé leur indépendance - qu’une empreinte très superficielle. Ces populations ont rejeté du Coran tous les concepts juridiques : l’Izref est leur seule règle et elles ne veulent du chrâa à aucun prix...Tous nos officiers de rensei-gnements doivent être bien pénétrés de ces principes; qu’ils évitent surtout de se présenter en fourriers de l’Islam à ses populations berbères."

Pour des raisons pragmatiques liées à la pacification des tribus berbères guerrières, Lyautey avance très prudemment dans sa politique berbériste. Il a essayé à la fois de maintenir les Berbères dans leurs propres structures et de lutter contre les dérives du clan berbériste au sein de l’administration française qui poussaient dans le sens de créer un Berbéristan formé de petites républiques qui pourraient évoluer sous l’influence directe de la France.

Lyautey pratique deux politiques bien distinctes : celle qui est mise en œuvre sur le terrain et visant à conserver la particula-rité berbère et la renforcer, et celle qui est officielle ayant pour objectif de coller à l’esprit du traité du Protectorat, c’est-à-dire, le respect de l’unité de l’Empire, sous la direction du Sultan.

Le dahir du 11 septembre 1914 qui affirme que "les tribus dites de coutume berbère sont et demeureront régies et administrées selon leurs lois et coutumes propres sous le contrôles des au-torités." Ce premier article est volontairement vague sur quelle autorité s’agit-il ? est-ce le Makhzen ou l’administration colo-niale ? le deuxième article octroie aux autorités françaises la possibilité de designer les tribus de coutume berbère et de choi-sir les textes de lois ou de réglementations appliquées à ces tri-bus, uniquement par arrêté viziriel et sans prendre la peine de demander l’avis du sultan. Cette décision fut prise, suite aux difficultés soulevées parMoulay Youssef, lorsque la liste des tribus lui était soumise.


source: M.Mahfoud Chkouri, l'anthropologie coloniale..

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